PRÉVENTION DU BURN-OUT: ÊTRE ATTENTIF A L'INSOMNIE

Écrit par DH. Posté le Mercredi 19 avril 2017 @ 21:17:28 par DH

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Une (trop) lourde charge de travail est-elle vraiment la cause du burn-out ? D’après une étude portant sur 1 300 employés d’une institution financière française, elle ne serait en réalité un facteur de risque qu’en association avec des problèmes d’insomnie – un marqueur qui, à en croire les auteurs, mériterait de faire l’objet d’actions de prévention ciblées.

Le burn-out peut découler de plusieurs causes qui font aujourd'hui l'objet de recherches de plus en plus approfondies; ainsi, des facteurs individuels ont évidemment un rôle à jouer, mais certains aspects plus organisationnels aussi peuvent, à terme, mener à l'épuisement professionnel.

 

 

 


Les causes les mieux connues et documentées sont une charge de travail ou une pression professionnelle excessive, une rémunération ne correspondant pas aux prestations effectuées, des conflits sur le lieu de travail, un personnel insuffisant, un emploi instable et une gestion du changement accélérée. Les personnes qui ont des difficultés à affronter un ou plusieurs de ces défis courent un risque accru de burn-out… et chez les travailleurs en col blanc (cadres, directeurs financiers et commerciaux), la pression professionnelle peut même accroître le risque de mortalité.

L'étude qui nous intéresse a suivi environ 1 300 employés d'une grande institution financière française pendant deux ans, de septembre 2012 à septembre 2014 ; elle s'inscrivait dans le cadre de l'examen médical préventif annuel. Juste avant leur check-up, les participants ont été invités à compléter un questionnaire détaillé portant sur leurs facteurs de stress, leur mode de vie, leurs caractéristiques démographiques, leurs habitudes de sommeil et leurs éventuels symptômes de burn-out. Les employés qui souffraient d'une dépression clinique avérée n'ont pas été inclus dans l'étude, dont le critère d'évaluation primaire était la présence d'un syndrome d'épuisement professionnel. À l'analyse, la prévalence du burn-out s'élevait à 10,2 %, 23,3 % des répondants subissaient une pression professionnelle significative et 16,8 % souffraient d'insomnies… et, constat frappant, pas moins de 97 % des collaborateurs financiers estimaient ne pas être suffisamment reposés après une nuit de sommeil.

L'analyse du lien entre burn-out, charge de travail et troubles du sommeil a livré une conclusion particulièrement intéressante, en ce sens que l'association entre les deux premiers facteurs n'existait que chez les personnes qui souffraient aussi d'insomnies (OR = 3,9, IC 95 % 1,3-8,5). Ce lien se maintenait en outre après correction pour la qualité du sommeil, l'anxiété et les sentiments dépressifs.

Dans leurs conclusions, les auteurs plaident donc pour que les insomnies et autres troubles du sommeil fassent l'objet d'actions de prévention plus efficaces et plus ciblées sur le lieu de travail. Au vu des résultats de leur étude, ils jugent en outre intéressant de rechercher systématiquement la présence de troubles du sommeil (et en particulier d'insomnies) chez les personnes présentant des signes d'un burn-out lié à une charge de travail excessive. La prise en charge des troubles du sommeil devrait, d'après eux, faire partie intégrante de la prévention du burn-out – chez les travailleurs en col blanc, mais aussi dans d'autres groupes à risque bien connus comme le corps médical.

Dr David Desmet

Références
Metlaine A et coll. : Association between insomnia symptoms, job strain and burnout syndrome: a cross-sectional survey of 1300 financial workers.
BMJ Open 2017;7e012816. doi:10.1136/bmjopen-2016-012816.


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