Quel chaussure pour un coureur de fond ?

Quel chaussure pour un coureur de fond ?

Daniel LE BERT, ostéopathe, kiné du sport, marathonien, avec la collaboration d’Eric Demerseman, podologue du sport et Daniel Houdot, entraîneur d’athlétisme 2e degré, ex vice champion de France des 25 km.

10 km… c’est plus de 3 000 foulées.

Les caractéristiques d’une chaussure doivent correspondre à l’exigence de l’entraînement. Il n’y a ni marque ni modèle idéal. Une fois découverte la chaussure adaptée, il convient de la conserver et de n’en changer qu’en cas d’usure.

Tout choix commence par un examen complet des membres inférieurs (bassin compris) et des pieds en statique et dynamique.

Un examen dynamique sur tapis roulant (voire en utilisant la vidéo) peut être utilisé pour montrer le positionnement du pied lors de l’appui déroulant en course. Le problème est que le patient va généralement courir en fréquence, ce qui rend ces données difficilement exploitables (car rares sont ceux qui ont l’habitude de courir sur tapis).

La mise en perspective de la statique (appréciation de l’organisation et de la morphologie des membres inférieurs : orientation des fémurs, des jambes et des pieds) et de la marche, qui est plus spontanée (à condition d’avoir une piste de marche de longueur suffisante, 10m), permettra une interprétation plus juste, bien que moins spectaculaire !

La semelle extérieure de la chaussure usagée doit être soigneusement examinée à la recherche d’usures ou de déformations anormales.

La pronation est marquée par une usure interne ou médiane au niveau du talon et essentiellement interne au niveau de l’avant-pied.

La supination est révélée par une usure prononcée sur le bord externe d’arrière en avant, parfois avec un talon complètement éculé.

Ces dysfonctions pourront être remarquées sur le terrain en courant derrière le sujet où on observer le défaut d’attaque de la foulée.

Il faut cependant savoir que lors d’un appui, il y a une compression et non une usure. Il faut un frottement pour avoir une usure. Lors de la prise de contact avec le sol il y a forcément un frottement, d’où l’usure systématique du bord postéro externe de la chaussure (l’attaque du pas se fait avec le genou en extension et cette extension induit une rotation externe automatique de la jambe par rapport à la cuisse, le pied va suivre l’orientation de la jambe, d’où cette attaque sur le bord externe de la chaussure).

L’usure de la chaussure est un dangereux raccourci pour déterminer la façon dont un individu court même si parfois cela peut se vérifier. Elle est liée à de nombreuses variables : vitesse de course, agencement ostéo-articulaire, poids, qualité du laçage, nature du sol sur lequel court la personne…

Enfin, la paire de chaussures doit être choisie en fonction du poids du sujet et du nombre de kilomètres hebdomadaire.

La languette doit être bien rembourrée par éviter les tendinites des extenseurs des orteils, ainsi que l’irritation du dos du pied. Elle doit bien déborder le laçage en haut et recouvrir largement le tarse.

La tige doit être souple et recouvrir complètement le dos du pied avec des renforcements en cuir sur les bords extérieurs et antérieurs de l’avant-pied pour protéger le pied et l’avant-pied de l’usure de la chaussure. Elle possède un renforcement aux zones de flexion de l’avant-pied.

L’avant-pied est souple, large pour éviter le chevauchement des orteils et les ampoules. Il présente une pointe haute, arrondie (au moins 3.5 cm d’épaisseur) pour la prévention des hématomes sous-unguéaux.

Le laçage s’étend sur tout le dos du pied, il doit descendre assez bas. Il est renforcé par un velcro ou un cuir plus soutenu. Les lacets doivent être suffisamment longs pour permettre de desserrer le tarse si nécessaire.

L’arrière-pied est légèrement compensé par une talonnette de forme évasée. L’arrière-pied se compose d’un coussinet rembourré, souvent échancré à sa partie supérieure, destiné à prévenir l’irritation du tendon d’Achille, d’un contrefort compact, dite coque calcanéenne, emboîtant l’arrière-pied et évitant une pronation trop exagérée de l’arrière-pied., d’un arceau en matière solide pour éviter les mouvements de translation de l’arrière-pied, d’un coin mousse supérieur pour amortir l’attaque du talon, d’une talonnette inférieure avec une assise élargie pour une meilleure stabilité et une meilleure répartition de l’impact du talon.

La semelle est munie d’un bon coussin au niveau du talon visant à l’amortissement des chocs. Elle est souple, flexible au niveau de l’avant-pied, assez épaisse pour ne pas sentir les cailloux et éviter les douleurs au niveau du pied. Son épaisseur est d’environ 2 cm au talon et moins d’1 cm à la partie antérieure.

Le cambrion de la chaussure a un rôle très important : il correspond à la partie plus ou moins rigide qui fait le lien entre l’arrière-pied et l’avant-pied de la chaussure. Plus la chaussure sera difficile à « essorer », plus elle sera stable et capable de contenir l’hyper-pronation par exemple.

La semelle interne (dite première de propreté) doit être confortable, épaisse, et absorber la sueur.

L’idéal peut-être une semelle thermo-formable réalisée par un podologue du sport, surtout en cas de problème au niveau de la structure du pied.

Mais si l’on peut dire que les semelles orthopédiques peuvent être l’une des solutions pour tout problème ostéo-articulaire ou musculaire chronique situé entre le pied et le sacrum ou en lien avec l’équilibre du bassin (une hyper-pronation plus marquée d’un côté induira très souvent une rotation fémorale interne plus importante qui va engager d’avantage la sacro-iliaque homolatérale, par exemple), il faut savoir que l’on ne pourra pas tout résoudre avec des semelles non plus…

La semelle intermédiaire joue le rôle d’amortisseur et combat la pronation.

La semelle extérieure doit être résistante, elle présente des dessins (entaillages) adaptés à l’emploi (route, trail…)

La forme : l’axe courbe sera réservé aux pieds supinateurs. L’axe droit reste possible pour tous.

Essayez soigneusement vos chaussures !

Choisissez vos chaussures en fin de journée car le pied peut être un peu plus volumineux à ce moment.

Il faut mettre les deux chaussures aux pieds, avec un laçage normal. Faire quelques foulées dans le magasin ou sur le trottoir (ou sur un tapis roulant), pour éprouver la mobilité du pied. Aucun inconfort ne doit être ressenti.

En ce qui concerne la pointure, debout, le gros orteil ou l’ongle ne doit pas toucher l’extrémité de la chaussure et disposer de 0.5 cm d’écart. Il faut savoir que lors d’un marathon, le pied peut atteindre une à deux pointures de plus).

Une pointure, c’est 2/3 de cm ce qui équivaut à peu près au 0,5cm (0,66 si on est tatillon…).

Il n’est pas conseiller d’inaugurer ses chaussures le jour d’une compétition mais de toujours parcourir quelques kilomètres d’entraînement afin de les former à son pied.

L’entretien de la chaussure, c’est tout simplement le lavage.

Pour quelqu’un qui court tous les jours, l’idéal est d’avoir deux paires de chaussures identiques et d’alterner leur utilisation.

FOULEE ET CHOIX DES CHAUSSURES (Daniel HOUDOT)

On distingue deux types de foulée propres à la course d’endurance :

 1. La foulée rasante (type Petrova).

La foulée rasante est la plus répandue, c’est celle qui demande le moins d’adaptation par rapport à la marche dont elle reproduit le déroulement mécanique.

La chaussure doit fournir un bon amorti et un bon maintien du pied.

 2. La foulée arrière (type Radcliffe)

La foulée arrière a cette particularité : une levée importante du pied vers la cuisse après l’appui, pas de recherche d’amplitude vers l’avant, point d’impact du pied pratiquement sous le centre de gravité, attaque plein pied. Cette foulée demande une vraie adaptation et un vrai conditionnement par rapport à la marche.

Dans ce cas la chaussure devra être légère, avoir peu d’amorti au niveau du talon qui n’est pas utilisé, offrir un maintien plus limité du pied dans son ensemble, le pied prenant moins de position extrême dans la supination et surtout la pronation.

En conclusion, attention aux chaussures minimalistes en cas de foulée rasante, par opposition prendre des chaussures « lourdes » pour une foulée arrière est contre productif.